« Un nouveau pacte majoritaire pour une nouvelle politique »

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INTERVIEW -Emmanuel Maurel appelle François Hollande à changer de cap et à former un «gouvernement rouge, rose, vert qui incarnerait enfin le changement attendu par les Français le 6 mai.»

LE FIGARO – François Hollande a réaffirmé mercredi à l’Élysée qu’il ne changerait pas de politique, alors que plusieurs de ses ministres s’inquiètent des conséquences d’une politique d’austérité. Qu’en pensez-vous?

Emmanuel-Maurell_le-leader-de-l-aile-gauche-du-psEmmanuel MAUREL – Ce débat soulevé par plusieurs ministres rejoint le combat que je mène avec mes amis (de l’aile gauche du PS, NDLR) pour la réorientation de la politique nationale. Le «sérieux budgétaire» est nécessaire mais quand le sérieux se transforme en rigueur extrême, ça a des conséquences dans la vie des gens, notamment les plus modestes. Quand on mène des politiques de rigueur dans une situation de quasi récession, non seulement les déficits sont peu réduits mais le chômage non plus, et la précarité s’aggrave. D’où la nécessité d’un tournant de la relance, par l’investissement et la consommation. Il faut également une vraie réforme fiscale. Le président ne semble pas vouloir revenir sur sa politique et je le regrette.

Vos positions restent-elles minoritaires au sein du PS?

Non, au contraire. Il y a plusieurs mois, nous avons essayé de soulever un certain nombre de débats. Nous étions les premiers à dire que l’objectif de ramener les déficits à 3% du PIB était intenable, et n’était pas souhaitable. Je constate que de plus en plus de voix s’élèvent dans la majorité pour dire que ce n’est pas forcément l’alpha et l’oméga de la politique économique. Je me réjouis de constater que la quasi totalité des socialistes aujourd’hui reconnaissent que l’austérité en Europe nous mène tout droit à la catastrophe. Ce n’étais pas le cas au moment du vote du Traité européen, à l’automne dernier. Je rappelle que cette austérité budgétaire était inscrite dans le traité. Il y a donc une évolution. On doit tirer aujourd’hui les conclusions politiques de ces critiques, de cette nouvelle donne, et traduire concrètement dans la politique nationale cette inflexion que l’on souhaite au niveau européen. Au moment où on s’apprête à fêter le premier anniversaire de l’élection de François Hollande, il est nécessaire de passer à une nouvelle étape en terme de politique économique et sociale. Je souhaite aussi une nouvelle étape dans l’organisation de la majorité.

C’est-à-dire?

Je propose un nouveau pacte majoritaire pour une nouvelle politique. François Hollande doit remanier son gouvernement et y associer toutes les forces de gauche qui ont permis sa victoire le 6 mai. Le Front de gauche doit être, lui aussi, associé à cette nouvelle étape. En leur temps, François Mitterrand et Lionel Jospin avaient eu le souci du rassemblement de la gauche pour mener une politique de transformation sociale. Près d’un an après l’élection de Hollande, nous avons besoin de sérieuses inflexions de notre politique économique et sociale. Mais cette nouvelle politique ne sera possible qu’en y associant tous les forces de gauche. En d’autres termes, j’appelle de mes vœux un gouvernement rouge, rose, vert, pour mener une politique qui incarnerait enfin le vrai changement qu’attendaient les Français le 6 mai. J’en ferai la proposition samedi au conseil national du PS.

Retrouvez l’interview sur le site du Figaro

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