« La Génération Y : quels apprentissages pour quels emplois ? »

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Discours prononcé par Emmanuel Maurel à la clôture des Entretiens de Friedland.

Je vous remercie de m’avoir invité à clôturer cette manifestation. En même temps, c’est à un exercice difficile auquel vous me conviez. Difficile en effet de conclure sur la génération Y et de répondre à une telle question : Quels apprentissage pour quels emplois ? Difficile aussi à titre personnel, parce que je pense qu’il y a des déterminants des comportements, notamment dans le rapport au travail, à l’entreprise bien plus puissants ou décisifs que celui de la génération. L’appartenance à une classe sociale en est un par exemple, et il y a une grande diversité des situations des jeunes face à la formation et à l’emploi.

Même si par certains aspects, on sent la prégnance de l’idéologie managériale et malgré les controverses concernant l’utilisation de ce terme, je me plie volontiers à l’exercice et je prendrais le terme Y comme il est prononcé et utilisé en anglais : why.

CSEM_salle_marcopolo_2 (Copier)La génération Y serait donc celle qui veut savoir pourquoi. Que ce soit dans son milieu scolaire ou dans son milieu de travail, l’apprenant ou le travailleur génération Y aurait ainsi de la difficulté à exécuter une tâche ou un ordre s’il n’en comprend pas l’utilité ou la raison. Sans parler de l’aspiration de cette génération à être dans le concret, à partir du concret et bien entendu la relation avec les nouvelles technologies et internet en particulier. Tout ça nous va bien à la Région IDF.

Parce que depuis plusieurs années maintenant nous avons choisi un développement qualitatif de l’apprentissage comme condition de son développement quantitatif. C’est le leitmotiv de Jean-Paul Huchon, président de notre Région, que je représente aujourd’hui et qui vous transmets ses salutations : « pas de développement quantitatif sans développement qualitatif de l’apprentissage. »

En prenant appui sur cet axe politique fort, nous avons pu, je le pense, en le déclinant répondre à une bonne partie des aspirations des jeunes qui s’engagent dans l’apprentissage. En tout cas ceux qui réussissent à trouver un employeur (parce que c’est bien le principal problème d’accès à cette voie aujourd’hui). A ce titre, la comparaison avec l’Allemagne est douloureuse. L’implication des employeurs outre-Rhin est sans commune mesure avec celle des patrons français.

La stratégie de la Région IDF c’est de développer un modèle d’alternance qui ouvre la voie à nouvelle excellence, en s’appuyant sur trois traits caractéristiques de cette génération :

1. le goût pour le court terme et le concret
2. leur besoin de donner du sens à leur apprentissage
3. leur goût pour les nouvelles technologies et l’image.

Comment nous tentons de répondre aux aspirations de ces jeunes qui apprennent un métier en poursuivant leurs études tout en travaillant ? C’est finalement assez simple : Nous avons décidé de nous attaquer avant toute chose au cœur du réacteur de l’apprentissage : la pédagogie de l’alternance.

Pour nous, l’apprentissage ne peut se révéler une voie d’excellence que si la pédagogie de l’alternance est de qualité. Que si il y a un vrai travail réalisé par le CFA pour rapprocher au mieux ce que font les jeunes en entreprises et ce qu’ils apprennent en CFA. Parce que sinon, il y a un gros risque de décrochage, de rupture du contrat de travail, par manque de sens donné et au travail et à l’enseignement, par manque de cohérence entre ce qui est appris au CFA et ce qui pratiqué en entreprise.

Même si tous les chercheurs qui ont travaillé sur le décrochage scolaire s’accordent à dire qu’il s’agit d’un phénomène complexe et multifactoriel, avec cette question d’égalité réelle des conditions d’apprentissage, je pense qu’on appuie là où ça fait mal. La preuve, c’est quand on pose la question aux jeunes eux-mêmes pourquoi ils décrochent (comme l’a fait l’AFEV), 92% répondent : le manque de motivation et d’intérêt.

Sans vouloir minorer les autres facteurs du décrochage comme la question essentielle de l’orientation « subie », je pense qu’on touche-là au nœud du problème : l’Egalité des chances dans la motivation à apprendre, dans l’envie d’apprendre. L’essentiel du problème réside plutôt dans leur rapport au savoir. Si, en tant que non spécialiste de la question, je suis aussi convaincu de l’importance de cette appétence scolaire, de cette envie d’apprendre, c’est que nous menons depuis 4 ans une démarche innovante qui donne des résultats plus que probants en matière de lutte contre les ruptures de contrat d’apprentissage.

De manière générale, la question de la pédagogie est une question que nous n’avons pas l’habitude de traiter en matière de politique publique. Par exemple, dans le secteur dont j’ai la charge, et spécialement en apprentissage, nous finançons du fonctionnement, des investissements dans les CFA. Mais la pédagogie, nous l’avons longtemps laissée aux professionnels de la profession. Alors que c’est à la fois le cœur du réacteur mais aussi la boite noire. On a pu nous dire : « ce n’est pas votre problème », « laissez-nous faire ». Avec le dispositif Qualité, nous avons clairement affiché un choix, un parti pris pédagogique. Que nous assumons pleinement.

Parce que rien n’est neutre surtout pas la pédagogie. Il s’agit pour le coup de pédagogie de l’alternance. Une pédagogie de l’alternance qui s’appuie sur le travail réalisé par le CFA pour rapprocher au mieux ce que font les jeunes en entreprises et ce qu’ils apprennent en CFA. Et c’est ça la clef de la réussite, de la motivation, de la sécurisation du parcours de formation.

Enseigner l’envie d’apprendre. Le levier, l’étincelle, c’est l’envie du jeune lui-même. La motivation, c’est le cœur du problème.

Ce modèle d’alternance consiste à aider les jeunes à anticiper et préparer leur action à court terme en entreprise. Il permet du même coup de les amener à mieux articuler, dans des délais plus courts que d’habitude, la formation et le travail réel en entreprise. L’impact sur les ruptures mais sur le comportement des jeunes et leur appétence pour la formation est réel.

Donc, 5 000 ruptures évitées entre 2009 et 2012 en misant sur une alternance qui intègre davantage les besoins réels des jeunes, voilà qui est concret quand on dit vouloir prendre en compte les besoins des jeunes en apprentissage, de cette génération. Et ce n’est pas fini…

C’est un scoop : dans deux semaines nous proposerons aux élus régionaux de voter la mise à disposition de tablettes numériques connectées à plus de 4 000 apprentis dans 28 CFA d’Ile de France. Je suis heureux que celui de la CCIR fasse partie de cette aventure, de cette expérimentation.

Nous faisons le pari que les tablettes permettent des usages adaptés aux spécificités des apprentis, des potentialités d’amélioration pour tous les acteurs de la formation en alternance (jeunes, employeurs, formateurs). D’un point de vue pédagogique, on a déjà noté un effet de levier sur l’efficacité des formations et la qualité de l’alternance.

Ainsi, l’expérience que nous avons mené avec le CFA de l’AFI 24 qui a expérimenté l’an dernier avec 500 jeunes équipés de tablettes montre que les jeunes anticipent mieux leur travail grâce à ces tablettes ce qui réduit le nombre de ruptures de contrat. On observe également un changement de posture chez les formateurs. Ces derniers sont tentés d’utiliser les tablettes pour inciter les jeunes à chercher voire à créer des ressources de formation, ce qui implique une organisation nouvelle du face à face et notamment un partage des actions et des décisions dans la classe, voire au-delà de la classe, vers une plus grande personnalisation de la formation.

C’est le cas de l’utilisation de la vidéo. On sait que les jeunes réalisent eux-mêmes des vidéos avec leurs smartphones. Nous allons utiliser cette pratique largement informelle pour renforcer l’articulation entre savoir et savoir-faire. Ainsi, le projet « Filme ton job » porté par le CFA AFIA dans le cadre de son projet qualité pourra être dynamisé par les tablettes. Ce projet qui est un peu le Youtube ou le Daily Motion de l’apprentissage. L’objectif est d’aider les jeunes à prendre du recul sur leurs pratiques en entreprise, sécuriser leurs activités en entreprise, renforcer leur envie d’apprendre, et alimenter en même temps une banque de vidéos qui pourront servir à d’autres apprentis.

En leur procurant un espace de d’enseignement, de travail et de production de qualité (rédaction et calcul avec la bureautique, recherche avec le web, échange avec la photo-vidéo, …), les tablettes numériques apparaissent donc comme des outils les plus adaptés à la spécificité des formations en alternance et au « nomadisme » des apprentis (entre CFA, entreprise et logement, sans parler du transport).

Vous le voyez, génération Y ou pas, nous sommes au plus près de l’aspiration, des goûts et des besoins des jeunes. Nous sommes dans le concret, et nous donnons du sens à notre politique d’apprentissage.

Je vous remercie.

(seul le prononcé fait foi)

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