Hellas, trois fois Hellas !

Pendant que la France débat des mérites comparés des civilisations, l’Union Européenne laisse crever le pays qui a vu naître la nôtre. Bien sûr, il y a des siècles (au propre comme au figuré) entre Périclés et Papademos, mais quand même, qui peut rester insensible au symbole ?

La troïka[1] se fout des symboles. Elle veut faire un exemple. Et quel exemple ! Saignée à plusieurs reprises, la Grèce se voit imposer un nouveau plan censé « rassurer les marchés » et satisfaire aux exigences des dirigeants de l’UE. Il ne prévoit rien de moins qu’une nouvelle suppression massive de postes dans la fonction publique (au rythme où ça va, il n’en restera bientôt plus aucun : en voilà des économies en perspective !) et la baisse de 22% du salaire minimum. Les salaires, pour ceux qui en ont encore un, sont gelés pour des lustres.  Et comme, il y a quelques mois, les grecs ont subi une hausse de la TVA (tiens tiens) et une diminution drastique du niveau des pensions (tiens tiens), on imagine aisément l’état social du pays
: Ségolène Royal, qui souvent parle clair, l’a résumé ainsi : « des gens qui fouillent les poubelles, c’est ça le rêve des pères fondateurs ! »

Qu’elle est loin, cette Europe que nous avons rêvée jadis ! Ni prospère, ni sociale, ni solidaire, ni même pacifique ! Les images des émeutes d’Athènes en témoignent : au fil des traités, l’Union ne sera pas même parvenue à sauver l’essentiel.

Alors, bien sûr, il y a les arguments relayés à l’envi, sur cette tradition « typiquement grecque » de fraude et de la triche. Des péchés ancestraux que nos amis hellènes seraient aujourd’hui condamnés à expier (voilà qu’on la retrouve, notre civilisation !). Oui mais voilà, depuis trois ans, les Grecs expient sévère ! Les plans d’austérité se succèdent, et avec quels résultats ?  Une récession terrible, le chômage qui explose (plus de 20%) et donc des comptes publics qui se dégradent, justifiant de nouveaux remèdes de cheval, qui plongeront un peu plus le pays dans le chaos. Les indifférents pourront à peine profiter de leur lâche soulagement. Car ceux qui expliquent aujourd’hui que la Grèce paie des décennies de gabegie, de laxisme et de tricherie sont les même qui condamneront demain les italiens, les portugais, et même les Français pour avoir trop longtemps profité des 35 heures, de la sécurité sociale, des congés payés.

Le plus stupéfiant, le plus révoltant aussi peut être, c’est que personne ne s’embarrasse plus de pudeurs démocratiques. Les dirigeants européens, sans parler de la technostructure communautaire et de l’oligarchie financière, ne font même plus semblant de croire une seconde que la Grèce est un Etat souverain. On se souvient que Papandreou dut quitter son poste après avoir commis une faute de goût : il avait évoqué l’idée d’un référendum sur le plan Merkozy. Le nouveau premier ministre (un ancien de la BCE, on ne change pas une équipe qui gagne), qui ne gouverne plus rien à part peut être lui-même, a fait adopter son texte un dimanche après midi, dans le cadre d’une procédure d’urgence qui n’appelle pas de débat.  « Nous avons le choix entre de grands sacrifices et le chaos ». Il aura les deux.

Voilà donc le point d’arrivée de cette construction européenne caractérisée par un invraisemblable aveuglement idéologique. Un pays membre transformé en protectorat, un gouvernement sous tutelle, un parlement sommé de s’exécuter sans tarder, des récalcitrants purement et simplement virés !

Ainsi la poignée de députés socialistes ayant refusé de voter le plan d’austérité ont été exclus immédiatement de leur parti. Ces vingt deux élus du PASOK sont pourtant l’honneur de la gauche grecque, et même européenne. Et ils nous montrent chemin. Socialistes français, possiblement victorieux au printemps, affichons dès maintenant notre objectif : refus du traité Merkozy, renégociation et référendum !



[1] Union Européenne, Banque Centrale Européenne, FMI

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