S’opposer aux sanctions américaines

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À l’heure où la lutte contre le covid-19 appelle à une coopération internationale, les sanctions économiques ne doivent empêcher aucun Etat d’accéder au matériel médical nécessaire pour soigner sa population.

Début avril, le Haut-représentant pour les Affaires étrangères Josep Borell marquait la différence de doctrine entre l’UE et les USA sur la question des sanctions contre les pays (supposément) hostiles. Contrairement aux Etats-Unis, l’Union Européenne ne pratique pas de « sanctions globales » qui frappent indistinctement les populations et englobent des restrictions aux exportations de matériels médicaux. Les sanctions européennes se limitent à des mesures ciblées, par exemple le gel des avoirs d’oligarques, ou l’interdiction des ventes d’armes. Cela n’empêche donc aucune livraison d’assistance humanitaire de la part du Vieux Continent.

L’Europe applique de facto les sanctions mises en place par les États-Unis

Mais cette doctrine, en apparence irréprochable, occulte un élément pourtant essentiel : « l’extraterritorialité » des sanctions américaines. En effet, nos « alliés » imposent leur propre droit en dehors au-delà de leurs frontières, en interdisant à toute entreprise utilisant des dollars US de commercer avec des Etats comme l’Iran ou Cuba. Jusqu’à présent, l’Europe n’a que fort peu réagi à ce diktat, dont les conséquences, en pleine crise sanitaire, sont désastreuses.

Soumis à embargo états-unien, l’Iran s’est ainsi retrouvé dans l’impossibilité d’importer du matériel médical lourd et des médicaments, augmentant de fait le nombre de ses victimes du Covid19. De même, il y a quelques semaines Cuba n’a pu importer de respirateurs artificiels. L’attitude de l’administration de Donald Trump, essentiellement motivée par des considérations électoralistes (en particulier le poids de la diaspora cubaine anticastriste en Floride), est délibérément inhumaine et meurtrière.

L’Union européenne, ne serait-ce qu’en fidélité à ses valeurs humanistes, ne peut plus rester passive face à l’extraterritorialité du droit américain !

La Commission répondra que pour contourner la politique de sanctions de Washington, un « instrument d’appui aux échanges commerciaux » avec l’Iran a été mis en place l’année dernière ; et qu’il a servi début avril pour livrer des médicaments. Mais ce dispositif complexe, fonctionnant de manière à éviter toute transaction financière directe entre l’UE et la République Islamique, est de portée très limitée dans la mesure où il ne permet pas à l’Iran de nous exporter son pétrole.

Pourtant, nous Européens avons la capacité de mettre en place des mesures de rétorsion face aux errements américains. Nous pourrions opposer aux GAFA notre législation sur le droit d’auteur et sur la protection des données personnelles, ce qui contrarierait fortement leurs plans de développement en Europe. Nous pourrions surtout favoriser beaucoup plus énergiquement les paiements en euros dans les échanges de marchandises. Rappelons que l’euro est la deuxième monnaie de réserve mondiale après le dollar.

C’est seulement si elle décide de se faire respecter que l’Union pourra agir de manière réellement indépendante et montrer que la solidarité européenne n’est pas un mot creux.

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