Ce qui insupporte le plus les citoyens dans nos sociétés démocratiques, c’est moins la tentative sincère de changer les choses, mais non couronnée de succès, que le mensonge pur et simple. À la racine de ces « populismes » qui exploitent la défiance à l’égard du politique, on retrouve toujours la  tromperie et autres déclarations d’intentions jamais suivies d’effet, voire de leur parfait contraire. Or sur le sujet fondamental, éminemment stratégique des relations commerciales et du libre-échange, l’Union européenne a visiblement décidé d’emprunter ce sombre chemin : en témoigne son activisme, hors de tout contrôle parlementaire, sur les accords avec le Mercosur et le Vietnam.

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Les élections européennes à peine passées, l’exécutif sortant de la Commission Juncker persiste aveuglément dans l’accélération de la mondialisation libérale. Deux accords majeurs de libre-échange, avec le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay) et avec le Vietnam, sont sur le point d’être approuvés, après avoir été négociés, comme toujours, dans le plus grand secret.

 

 

 

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Les grandes lignes de ces accords ont été dévoilées cette semaine. Celui avec le Mercosur (dont la signature interviendrait quelques jours après le refus par la Cour Suprême brésilienne de libérer Lula), consiste essentiellement à échanger des voitures contre du bœuf et des céréales.

Comme l’a maintes fois fait comprendre la Commissaire au Commerce sortante, Cecilia Malmström, l’Union européenne ne se préoccupe pas des libertés publiques au Brésil. Elle n’a que faire des persécutions contre les indiens, les femmes et les homosexuels. Elle détourne le regard des tentatives de Bolsonaro de faire régner la terreur dans les favelas et de détruire le droit du travail et les conventions collectives. Ce qui intéresse la Commission, c’est de faire toujours plus d’offrandes à sa religion fanatique du libre-échange.

Mais ce qui doit intéresser les citoyens Européens et au premier chef les Français, c’est le menu dégoûtant qu’ils seront forcés d’avaler une fois l’accord signé et ratifié.

Les nouveaux quotas d’importation de bœuf (99.000 tonnes, mais certaines sources disent 170.000), de volaille (80.000 tonnes), de sucre (100.000 t) et d’éthanol (600.000 t) se feront au prix de la destruction de nos propres filières. En effet, la baisse des droits de douane de l’Union sur les produits agricoles, très élevés (minimum 12,8% sur la valeur, plus des dizaines voire des centaines d’euros par quintal), paralyserait complètement la capacité de résistance des agriculteurs européens face aux gigantesques exploitations industrielles sud-américaines.

 

 

 

 

 

D’autre part, l’impossibilité d’exercer un contrôle effectif des cultures brésiliennes exportées en Europe obligera les consommateurs à manger plus de 150 pesticides interdits sur le territoire de l’Union. Bolsonaro, qui n’a pas fait mystère de sa volonté de sortir de l’Accord de Paris sur le Climat, a encouragé sa clientèle d’agro-businessmen à raser des millions d’hectares supplémentaires de l’Amazonie, signant au passage l’arrêt de mort de centaines de peuples natifs.

 

 

 

 

 

 

Concernant l’accord avec le Vietnam, ce sont les engagements démocratiques et sociaux des Européens qui sont foulés aux pieds. Dans ses communiqués officiels, l’Union européenne se félicite des « progrès » accomplis par le gouvernement vietnamien vers une application des conventions de l’Organisation Internationale du Travail, notamment sur les libertés syndicales. Mais de qui se moque-t-on ? Faut-il faire un dessin à la Commission pour qu’elle comprenne qu’en l’état de ses institutions, fondées sur le parti unique, le Vietnam ne peut pas respecter les droits fondamentaux des travailleurs ? Sur le fond, c’est à nouveau la voiture qui a précipité la signature des Européens. Il serait en effet question que le Vietnam supprime ses tarifs à 80% sur nos belles cylindrées…

 

 

 

 

Enfin, mercredi 26 juin, nous apprenions que le Président de la République comptait soumettre à ratification du Parlement français l’Accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada (ou CETA, de son acronyme anglais) au cours de la 2ème quinzaine de juillet. 

Voulant à l’évidence profiter de la torpeur estivale, Emmanuel Macron et sa majorité bafouent non seulement une opinion publique hostile à la liquidation des protections commerciales, mais surtout leurs propres engagements environnementaux découlant de l’Accord de Paris.

 

 

 

Approuvé par la « grande coalition » sociale-démocrate, libérale et conservatrice du Parlement européen en septembre 2017, le CETA abat les barrières douanières, ouvre les marchés publics et accélère les échanges de marchandises des deux côtés de l’Atlantique.

Or les évaluations d’instituts indépendants, mandatés par Macron lui-même, sur les conséquences environnementales du CETA sont sans appel. Tous ont établi de manière irréfutable que l’augmentation des importations de pétrole canadien (déjà +63% depuis l’entrée en vigueur provisoire du CETA) aggravera la pollution et les émissions de gaz à effet de serre. Pour mémoire, ce pétrole est produit dans des conditions infernales, extrait des « sables bitumineux » à grands renforts de produits toxiques et de dévastations des écosystèmes forestiers et montagneux. Il est écologiquement criminel de s’acharner dans cette voie, mais tant l’Union européenne qu’à présent la France s’en moquent, pourvu que notre approvisionnement énergétique soit sécurisé.

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau est le seul à pouvoir contester à la Commission et à Macron la palme de la duplicité et de la mauvaise foi. Lundi 17 juin, son gouvernement faisait voter par les députés canadiens une motion « d’état d’urgence climatique ». Et le… lendemain, les mêmes décidaient de construire un nouvel énorme pipeline acheminant le pétrole de l’Alberta vers les Etats-Unis. Ce tuyau traversera le territoire de 129 peuples natifs d’Amérique et portera la capacité canadienne de 300.000 barils de pétrole bitumineux par jour à 900.000.

Voilà le genre de gouvernements avec lequel nos dirigeants proclament leur attachement à l’Accord de Paris. Voilà la vraie signification de « Make the Planet Great Again ». Les peuples d’Europe n’en peuvent plus de ces trahisons permanentes. Pour ma part, je ne les accepterai jamais.