Les négociations entre l’Union européenne et le Mercosur (espace économique composé par le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay) ont-elles été conclues dans le dos des Européens, en pleine échéance électorale ? C’est en tout cas ce qu’a clairement laissé entendre le duo formé par le libéral Macri, Président de l’Argentine, et le nationaliste d’extrême-droite Bolsonaro, Président du Brésil, à l’occasion d’une rencontre bilatérale à Buenos-Aires le 7 juin dernier.

La Commission européenne n’a pas démenti leur certitude « d’être très proches d’un compromis », certains hauts fonctionnaires de Bruxelles se laissant même aller à parler « d’alignement des planètes entre le Mercosur et l’UE ».

L’Argentin Macri est confronté aux résultats de sa politique ultralibérale : une stagnation économique qui l’a obligé à solliciter 57 milliards de prêts du FMI (et se soumettre par là même à un violent plan d’austérité).

Le Brésilien Bolsonaro est pour sa part très pressé de liquider les droits des travailleurs, notamment les retraites, de raser la forêt amazonienne pour la livrer aux latifundiaires, et d’armer ses escadrons de la mort pour faire régner la terreur dans les favelas.

Tous deux voient dans une ouverture des frontières européennes une bouée de sauvetage à leur politique désastreuse. Si un tel accord devait être conclu, cela emporterait trois conséquences.

La première est que l’Union européenne nous prépare à la mort de notre agriculture (point-clé du projet d’accord) en s’apprêtant à laisser circuler sur notre territoire les produits argentins, gavés d’OGM, et les produits brésiliens, cultivés sur les cendres de l’Amazonie.

La seconde conséquence est la mise au rebut de l’Accord de Paris sur le Climat. Bolsonaro n’a pas fait mystère de ses intentions à ce sujet. Pour lui, la préservation de la nature et du puits à CO2 amazonien sont les ennemis de la croissance économique.

Dernière conséquence : théoriquement (et juridiquement) fondée sur les valeurs de démocratie, de protection des individus et des libertés fondamentales, l’Union européenne s’apprête à signer un accord avec une puissance dont le chef, Bolsonaro, doit son élection à l’emprisonnement sans preuves du favori Lula, comme révélé hier par une enquête du journal The Intercept.

L’Union européenne ne semble pas s’émouvoir que cet usurpateur supprime les sciences sociales à l’Université, détruise le cadre de vie des minorités natives, bafoue les droits des femmes et des homosexuels et encourage les exécutions extrajudiciaires. La collaboration avec l’autoritarisme le plus rétrograde ne pose visiblement aucun problème à la Commission, tant qu’elle crée de la valeur pour l’actionnaire !

J’en appelle à tous les députés européens de gauche et au-delà à tous ceux qui, dans notre Assemblée, croient aux valeurs européennes : ensemble, nous devons refuser tout accord avec le Mercosur du fasciste Bolsonaro et du failli Macri. Faute de quoi notre vraie devise ne sera plus « unis dans la diversité », mais « unis dans l’hypocrisie ».