L’économiste Patrick Artus, peu suspect de gauchisme, a publié le 14 janvier une note tout à fait intéressante, mais aussi alarmante, sur le contrôle futur des entreprises de la zone euro par les États-Unis ou la Chine. En 10 ans, les 18 pays membres de l’union économique et monétaire ont en effet vu passer les encours d’actions détenus par des pays étrangers de 25% à 35%. Cette hausse est notamment due à la capitalisation boursière des entreprises américaines, qui suit une trajectoire complètement déconnectée de la réalité économique, mais qui leur permet de racheter leurs concurrents européens.

Les GAFA, qui ne paient pas d’impôts en Europe, sont en effet devenu des monstres de capitalisation qui ne savent plus quoi faire du tas d’or sur lequel elles sont assises. C’est pourquoi elles procèdent à de nombreuses prises de contrôle. Ces dernières sont devenues une menace pour notre indépendance économique, politique, et géopolitique. Nous devons cesser d’être les dindons de la farce de la mondialisation. À ce rythme, la majorité des grandes entreprises de la zone euro passeront sous pavillon étranger.

Une autre menace se précise. La Chine a développé un stock d’épargne immense, et qui est loin d’être pleinement mobilisé pour mener à bien des opérations d’Investissement directs à l’étranger. Le taux d’épargne chinois représente 45% du PIB, quand celui des États-Unis en représente 18% et celui de la zone euro 24%… Pour l’instant, les Chinois opèrent des prises de contrôle stratégiques en Afrique et en Amérique du Sud pour sécuriser leurs importations, et autour de l’Inde pour contrecarrer l’influence indienne et protéger le trajet de ses exportations. Ils ne laissent pas leur épargne sortir du pays en grande quantité. Cependant, lorsque la Chine décidera d’orienter son épargne massivement vers l’Europe, en lien avec son projet de route de la soie, ses concurrents européens seront laminés.

La seule solution n’est pas de financiariser un peu plus notre économie, mais de mettre en place un réel protectionnisme solidaire qui garantisse notre souveraineté économique. Nous pouvons nous appuyer sur le décret Montebourg qui concerne les investissements stratégiques, mais nous devons étendre sa logique. Les terres agricoles sont particulièrement menacées par des rachats massifs. Nous devons interdire ces prises de contrôle et filtrer drastiquement les capitaux qui entrent dans l’Union européenne et la zone euro. Il n’est pas tolérable que les citoyens européens soient dépouillés de tout leur appareil de production au profit de puissances étrangères qui mènent une politique impériale. Tous les grands défis civilisationnels nous appellent à démondialiser le plus tôt possible, avant qu’il ne soit trop tard et que nous soyons obligés de subir l’ordre du monde. Il est l’heure de reprendre le contrôle.