La Commission « Commerce International » du Parlement européen s’est réunie ce jour et a débattu du Traité de libre-échange avec le Japon (JEFTA), qu’elle a adopté à une majorité composée de conservateurs, de libéraux et, hélas, de socialistes. J’ai pour ma part voté contre ce très mauvais texte.

Négocié dans l’opacité la plus totale, sans publication ni divulgation du mandat de négociation aux parlementaires, le JEFTA illustre à nouveau l’obsession maladive, irrationnelle de la Commission Juncker pour le libéralisme intégral.

En effet, d’après les évaluations conduites par la Commission elle-même, l’impact de ce traité en termes de croissance et d’emplois sera insignifiant : +0,14% de PIB et à peine 100.000 emplois créés (sur une population active européenne de 240 millions, dont 52 millions dans l’industrie) à horizon… 2035 ! Le JEFTA ne servira à rien, ni pour les industries européennes, ni pour leurs travailleurs : les raisons de sa signature et de son passage en force ne sont donc pas économiques mais idéologiques.

Pire, alors que l’Europe se vante en permanence d’être une Union fondée sur des « valeurs », elle n’en tient aucun compte dans ses négociations commerciales.

Le JEFTA est :

– vide sur le respect des normes sociales (y compris des conventions internationales de l’OIT sur le travail forcé et les discriminations, que le Japon n’applique pas)

– indifférent aux normes environnementales (le JEFTA ne prévoit aucun mécanisme de sanctions sur le respect de la COP21)

– complice, par son silence, de la surexploitation japonaise des ressources halieutiques (notamment la pêche à la baleine, ignorée par le traité).

Enfin, le JEFTA compromet gravement la capacité des Etats à réguler les marchés financiers, car il interdit toute législation visant à limiter les flux de produits financiers spéculatifs, ainsi que toute législation sur la séparation des activités bancaires (entre banque de commerce et banque d’affaires).

Il est plus que temps d’en finir avec cette vision à courte vue et périmée de l’économie. Celle-ci est censée prospérer par la circulation effrénée des marchandises et du capital, mais ses seuls résultats tangibles sont l’accroissement vertigineux des inégalités et la mise en danger imminente des écosystèmes naturels. Pour ces raisons, le rejet du JEFTA est à mes yeux un impératif d’intérêt général.