Le lent et persistant déclin de l’industrie en France est désormais un phénomène bien renseigné et connu de tous mais ce n’est pas pour autant une catastrophe naturelle. En ce domaine comme dans bien d’autres, il y a d’un côté les croyants déclarés (souvent tardivement) et de l’autre les pratiquants. Ces derniers sont peu nombreux et l’on peut compter parmi eux Arnaud Montebourg qui, en prônant avec cohérence la démondialisation malgré un cadre politique et budgétaire défavorable, aura montré la voie en ayant été l’un des chantres les plus efficaces du Made in France.

Dans un monde globalisé soumis aux lois déloyales du marché, la représentation politique doit reprendre le contrôle de certains investissements prioritaires pour l’intérêt général. Elle ne doit pas hésiter à réinvestir certaines entreprises stratégiques pour la souveraineté de notre pays dans une perspective de croissance soutenable et de création d’emplois durables. Si les consommateurs ont un immense rôle à jouer dans leurs achats pour favoriser nos entreprises et la production nationale, cela ne saurait suffire. L’État doit reprendre l’initiative. Nous constatons tout comme les économistes David Cayla et Henri Sterdyniak que le compte n’y est pas dans la politique d’Emmanuel Macron. En effet, on ne voit pas où est le grand dessein économique si ce n’est l’application de la fumeuse théorie du ruissellement couplée à une tentative de lobbying intense auprès du monde de la finance. On a toutefois un peu envie de dire que la politique de la France ne se fait pas à la corbeille…

L’aciérie d’Ascoval est en cela tristement révélatrice de l’enserrement de la France dans des politiques et une géopolitique néolibérale toutes entières vouées à nourrir des logiques purement financières et actionnariales : l’État, même quand il est actionnaire, se montre incapable de faire valoir ses intérêts du fait de son faible poids dans l’entreprise qui contrôle le site d’Ascoval. Cette situation doit nous amener à repenser une nouvelle stratégie pour la filière industrielle et à faire prévaloir l’intérêt économique et social de la France sur les règles européennes de la concurrence. Nous proposons que la loi permette de favoriser les plans de reprise d’entreprises avec ou sans l’assentiment du principal client ou donneur d’ordre lorsque celui-ci a clairement manifesté son désintérêt pour l’avenir économique d’un site de production. Il serait par ailleurs déterminant qu’une nouvelle doctrine d’intervention soit élaborée pour l’État reposant sur de nécessaires nationalisations temporaires et partielles dès que l’intérêt d’une filière stratégique, d’une main d’œuvre qualifiée essentielle ou de la souveraineté du pays sont en jeu.

Enfin, la France dans l’Union européenne serait bien inspirée de revoir sa politique commerciale en ne participant plus au dumping tarifaire et douanier insupportable auquel se livrent des pays tiers à l’Union européenne. Ceux-ci n’hésitent pas à jouer la carte du libre-échange intégral sans respect d’aucune autre règle que celle du profit financier, sans égards pour les droits humains, l’État de droit, les écosystèmes ou le réchauffement climatique de la planète. C’est une nouvelle conception du commerce international qui doit désormais prévaloir au service d’un nouveau modèle de développement intégrant la transition écologique.