La capacité d’Emmanuel Macron à dire une chose et faire exactement le contraire m’étonne chaque jour davantage. Une telle duplicité, sur à peu près tous les sujets, en devient à la longue irritante, mais surtout dangereuse. En témoignent ses mensonges et omissions multiples sur l’Europe, comme j’en ai fait l’analyse après lecture de sa tribune du 5 mars. En témoigne également sa position, discrètement mais durement relayée par Nicole Belloubet, sur la protection des lanceurs d’alerte.

Les lanceurs d’alerte sont ces individus très courageux, voire téméraires, qui dénoncent une vaste entreprise de corruption commise par leur administration ou leur entreprise, et dont l’ampleur porte gravement atteinte à l’intérêt général. Parmi les lanceurs d’alerte les plus connus, on trouve par exemple Hervé Falciani, informaticien à la banque HSBC, qui a révélé le scandale “SwissLeaks” (une fraude fiscale de 180 milliards d’euros). On connaît également Antoine Deltour, auditeur au cabinet PriceWaterhouseCoopers (PwC), qui a pris des documents secrets sur les rabais accordés par le Luxembourg aux multinationales (entre 50 et 70 milliards d’euros de pertes d’impôts pour les Etats membres de l’UE).

Bien évidemment, les risques encourus par les lanceurs d’alerte sont énormes : ainsi Deltour a été jugé plusieurs fois ; Falciani a été emprisonné. Mais la conservation de la société n’exige-t-elle pas qu’on protège les lanceurs d’alerte? C’est l’objet d’une future directive européenne. Or Emmanuel Macron a chargé sa Ministre de la Justice de vider le texte de sa substance, en obligeant tout lanceur d’alerte à… prévenir sa hiérarchie avant de faire sa révélation au public ! Comme le souligne ma collègue Virginie Rozière, en pointe dans ce combat, c’est ubuesque. Je crains que cette nouvelle manifestation de l’hypocrisie congénitale du macronisme et de la vacuité de ses slogans ne soit hélas pas la dernière.